CORSICA AND CO

charlie

 

JE SUIS CHARLIE. MAIS JE NE SUIS PAS CHARLIE

Par GILLES MILLET

Je suis Charlie parce que j’aimais bien Wolinski avec qui j’ai travaillé deux ans lorsqu’il a repris L’Echo des Savanes. C’était un brave type.

Je suis Charlie parce que je suis dans le camp des centaines de milliers de personnes qui ont défilé à Paris, à Toulouse, à Nantes ou Ajaccio. Tous ceux qui m’ont ému aux larmes en incarnant une France que j’aime et en chantant la Marseillaise.

Je suis Charlie parce que je suis patriote.

Mais je ne suis pas Charlie parce que je ne le lisais plus depuis des années. Et le « coup » qu’il avait fait en publiant les caricatures du Prophète à un moment où il voulait relancer ses ventes m’avait gêné. Non pas que je respecte les religions, moi qui ne crois pas plus à l’existence de Dieu qu’à celle du Père Noël. Et qui redoute autant l’influence des imams que celles des curés ou des rabins. Mais parce que la démarche de Charlie, surtout à cette époque, m’était apparue comme une provocation gratuite et inutile. Sans compter que Charlie n’aurait sûrement pas osé traiter de la même façon –politiquement incorrect – la religion juive.

Par ailleurs, même si les assassins de Charlie et celui de Montrouge et de la porte de Vincennes étaient des abrutis intoxiqués et sanguinaires, on ne peut oublier les débuts de l’histoire.

L’armée américaine qui a entraîné et armé les islamistes les plus radicaux afin qu’ils combattent les Russes en Afghanistan.

La CIA qui, pour les mêmes buts, et au même moment, a formé Ben Laden dans ses camps d’entraînement.

Et, un peu plus tard, l’Amérique et la Grande-Bretagne qui planquait les chefs du GIA qui massacraient en Algérie sans jamais s’attaquer à leurs intérêts.

Avec, encore plus tard, les services américains qui ont couvert les services pakistanais qui ont biberonné les talibans. Le tout, sans oublier les alliés saoudiens des Américains, qui, pendant des années ont financé les terroristes islamistes en Algérie ou ailleurs.

Après le 11 septembre, retour de bâton meurtrier de cette politique internationale irresponsable, tout a continué dans le sens inverse, contre le monde arabe devenu ennemi après avoir été des amis de circonstance : les bombardements n’épargnant pas les civils dont des femmes et des gosses, les arrestations arbitraires, la mise en scène des tortures avec, en point d’orgue, la théâtralisation de la répression à Guantanamo. Le tout produisant des images qui, exploitées par les islamistes, ne pouvaient que pousser les esprits les plus faibles, des pays concernés ou des banlieues occidentales vers un islamisme de plus en plus radical. Ensuite, tout a été périodiquement boosté par les bombardements qui ont continué en Afghanistan, en Irak ou à Gaza. Et les radicaux sont devenu des monstres. Des « barbares », comme dit Sarkozy, prêt à se mettre au service d’Al-Qaïda ou de Daesh.

Tout cela pour arriver à Charlie Hebdo, puis à Montrouge et ensuite à la porte de Vincennes. Là, où des assassins à l’esprit tourneboulé ont abattu des innocents qui n’étaient pour rien dans ces histoires qu’une partie d’entre eux dénonçait même. Alors bien sûr, il faut les combattre. Les éliminer (« Qu’un sang impur abreuve nos sillons » etc.). Nous n’avons pas le choix même si ces monstres ont en grande partie été enfantés par l’Occident. C’est con la vie.

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